exposition solo / à venir

En cas de déclenchement des sirènes, évacuez la zone!

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Prix indépendant de progress gallery à la 67eme édition de Jeune Création

Guillaume Gehannin filme la zone – c’est la ceinture en grec, portion d’espace intermédiaire jamais bien définie. Il affectionne ces lieux incertains, espaces périurbains monotones, dérisoires, qui constituent l’anti-paysage par excellence : gravières désaffectées, décharges à ciel ouvert, friches industrielles, remblais et terrains vagues en contrebas des écrasantes masses de béton des infrastructures routières. Les rives aussi, lignes de démarcations instables s’il en est. L’entre-deux constitue son terrain de prospection. Ses captations « sur le motif » viennent fouiller chacun de ces endroits jusqu’à mettre à jour le réseau complexe de relations qui le modèlent et l’organisent. Inventaire minutieux et expressément dénué d’emphase, duquel transparaît l’inévitable devenir entropique de ces espaces suburbains.
Avant même de filmer pourtant, Guillaume Gehannin marche. Il faut souligner combien ses vidéos procèdent de cette activité première. Dans sa pratique, ce mode spécifique de déplacement tient en effet lieu d’outil spéculatif – c’est même le moyen artistique liminaire par lequel il revisite et interroge le paysage. La perspective critique de son travail doit s’entendre à l’aune de cette propension à la flânerie : c’est la marche qui l’amène à exprimer dans ces vidéos cette lenteur, cette liberté de mouvements qui sont autant de négation des contraintes temporelles effrénées de la condition contemporaine. Partant de lieux plus que communs c’est par la marche qu’il parvient, au propre comme au figuré, à d’autres situations.
Le choix de capter et de restituer à l’avenant ce qui dans le paysage relève de la nature ou du saccage écologique, traduit l’attachement de Guillaume Gehannin à se faire toujours témoin du monde. Façon de réaffirmer ce qui constitue pour cette première exposition personnelle le principe même de son médium : « Video !», stricto sensu « Je vois ».

Marion Delage de Luget