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Modern Ruins #1 : Pleasure gardens, Thrills and Fun

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Pour la deuxième programmation de "progress by",
c'est l'artiste Johan Decaix qui propose l'exposition "Pleasure gardens, Thrills and Fun", première du cycle Modern Ruins.

Autour des hétérotopies, Johan Decaix invite les artistes Biney, Paul Gibert, Bertrand Lefebvre, Mathilde Payen, Laura Verveur et lui-même à s'approprier les lieux de divertissements, les parcs d'attractions et autres espaces physiques hébergeant l'imaginaire. Les œuvres proposées explorent les différents aspects de ces espaces, de leurs architectures à leurs souvenirs. La magie de ces lieux même abandonnés persiste et nous plonge dans l'imaginaire collectif, les mythes, et leurs fantômes.


«...les foires, ces merveilleux emplacements vides au bord des villes, qui se peuplent, une ou deux fois par an, de baraques, d’étalages, d’objets hétéroclites, de lutteurs, de femmes-serpent, de diseuses de bonne aventure.» Michel Foucault, dans sa conférence «Des espaces autres», 1967

Des ruines de parcs d’attractions à celles de prisons revisitées en hôtels de luxe, en fantasmant ce que pourraient être des espaces de divertissements, ou en s’arrêtant sur l’état d’un jouet d’enfant laissé à l’abandon depuis des années, les œuvres de cette exposition nous interpellent par l’émotion que suscitent ces lieux et objets suspendus dans le temps. Ces fantômes contemporains nous regardent et nourrissent malgré nous un imaginaire collectif à partir duquel nous nous bâtissons que ce soit par rejet, réappropriation ou transformation.

Les artistes nous invitent à questionner ce que les restes de constructions modernes ou à venir, sortes d’usines à rêves, peuvent dire de nous : de la façon de les laisser à l’abandon, de les réhabiliter, voir aussi de penser à ce que les projets futurs pourraient laisser comme traces dans un monde inventé.

La visite commence par la présentation, tel un trophée, d’un morceau du manège emblématique Le Cyclone de Coney Island, où sont apparus les premiers parcs d’attractions de l’ère moderne qui auront influencé jusqu’à l’architecture de la presqu’île de Manhattan2. C’est cette pièce glanée un jour d’hiver par l’artiste Johan Decaix qui va influencer son travail artistique et lui inspirer cette exposition.

Dans la vidéo Pleasure Garden, Johan Decaix réalise un rêve, créer son propre parc. Ce parc est constitué d’un seul manège au milieu de la nature, un Donald malicieux que l’artiste chevauche dans une boucle temporelle aux allures d’éternité.

Johan Decaix, dans la série Artificiel Imaginary Park, continue de stimuler l’imaginaire des visiteurs en leur montrant cette fois des ruines de parcs d’attractions fictives. Ces Polaroïds usés à l’aspect suranné semblent attester de l’existence réelle de ces lieux...en réalité créées par une intelligence artificielle. Poussant le spectateur à s’interroger sur notre rapport à l’image dans ce monde numérique.

La pièce Welcome to Ville Natale est un panneau d’entrée de ville. Présentée tel un décor de cinéma en attente, l’œuvre se veut une évocation d’une ville qui existe pour chacun, tout en étant différente selon qui la regarde. Elle ramène les visiteurs à leurs bons souvenirs d’enfance. Ces souvenirs créent un lieu hétérotopique unique pour chacun.

Avec la série Fair, Johan Decaix présente des noms de manèges à sensations sur des affiches brillantes comme «Moondance», «Chaos» ou «Evolution» laissant l’imagination du spectateur travailler pour inventer ses propres manèges et l’invitant à rêver aux concepts que ces noms peuvent convoquer.

La vidéo Dreamland de Johan Decaix présente un plan séquence de l’entrée du parc d’attractions éponyme au Japon, rappelant qu’une hétérotopie ne peut se faire que dans un lieu délimité par une clôture ou une enceinte pour éviter l’interpénétration du réel et du rêve. Le parc qui devait être le Disneyland nippon fera faillite quand la marque aux grandes oreilles implantera son propre parc officiel dans le pays, laissant ce «pays de rêve», à la fois, à portée de la main et inaccessible.

C’est dans un autre lieu laissé à l’abandon que la vidéo Park met en scène un homme qui, tel un enfant perdu, s’évertue, en dépit de la dangereuse vétusté des installations, de continuer à faire vivre l’esprit des attractions dans un parc en décrépitude.

Les tableaux de l’artiste Biney nous plongent dans le monde des baraques foraines de Freak show où le monde des possibles s’ouvrait aux visiteurs par la monstration de phénomènes aux abords du paranormal avec un monsieur Loyal prêt à nous vendre un spectacle de sœurs siamoises avaleuses de sabres et cracheuses de feu pendant que la voyante lit l’avenir aux badauds dans sa roulotte. Les affiches à elles seules suffisent à refaire vivre les hétérotopies d’hier tant celles-ci sont ancrées en nous.

Dans la série de peinture Hotel Paradise, Paul Gibert aborde la mémoire et l’histoire des lieux. Ces ex-prisons, bagnes ou espaces carcéraux tombés en désuétude, sont ici présentés pour leur insolite réhabilitation en complexe hôteliers de grand luxe ou auberges pour touristes avides de sensations.

S’inspirant des mégalopoles asiatiques, Bertrand Lefebvre crée des architectures miniatures qui nous plongent dans un monde dystopique à l’ambiance post-apocalyptique. Faite de bric-à-brac, la sculpture L’Échelle est comme une cabane d’enfant, lieu où l’imaginaire est roi. Dans ce monde, Bertrand Lefebvre invente dans sa sculpture L’Avant-poste, une sorte de quartier de divertissements dans un arbre.

D’une gravure à l’autre, Mathilde Payen nous invite à découvrir une série de petits mondes habités par des créatures fantastiques, des monstres, des fantômes, des serpents...Gravées sur Tetra Pak, une technique qu’elle développe depuis plusieurs années, Mathilde utilise chacune de ses images comme un support à fictions. Elle imagine des parc à thèmes qu’elle nomme ses Small Worlds.

Enfin dans sa série de dessins Gift shop, Laura Verveur s’intéresse aux objets de notre enfance laissés à l’abandon, rappelant de façon nostalgique, ou mélancolique, l’enfant que nous étions et comment ces objets malgré leur état de délabrement nous ramènent à la douceur de notre enfance et de notre innocence première et perdue.

Le corpus présenté ici peut être considéré comme la preuve de l’influence des ruines modernes sur les créations présentes et à venir. Mais au-delà de ce point de vue assez convenu, une autre question se pose : les murs enfermant ces œuvres le temps de l’exposition ne contiennent-ils pas une nouvelle hétérotopie ?

«Les idéaux se succèdent, on les dépasse, ils tombent en ruines, et puisqu’il n’y a pas d’autre vie, c’est sur ces ruines encore qu’il faut fonder un idéal dernier.» Fiodor Dostoïevski, «Les Nuits Blanches».

Mathieu Bretteil et Johan Decaix

1 L’hétérotopie est définie par Michel Foucault comme la localisation physique d’une utopie. Cet espace délimité géographiquement est donc le lieu de tous les possibles pour un futur désirable, fruit de l’imagination de son ou ses créateurs.
2 Rem Koolhass, New York Délire

/// BIOGRAPHIE DES ARTISTES

Biney

Biney est un artiste originaire du sud de la France, diplômé d'une école de réalisation visuelle. Intéressé par la sérigraphie, il rencontra en 2015, Eva Largo qui l'introduira dans son atelier Sobre Papel à Vincennes. En 2016, il réalisa sa première grande exposition "Acanthes" à Paris. Après avoir vendu toutes ses œuvres lors de cette exposition et eu ce sentiment d'être dépossédé, il eu l'envie de faire vivre encore ses œuvres à travers un nouveau medium, le street art. Grâce à cela, la galerie LISA dans le sud remarqua ses œuvres et le représenta de 2017 à 2019.
Il enchaîna les évènements, ce qui lui permit d'être publié dans les journaux locaux, d'avoir des partenariats avec d'autres artistes et d'être invité à diverses représentations artistiques.
Son art évolue depuis maintenant plusieurs années mais il ne cessera jamais de s'inscrire dans le romantisme noir.

Bertrand Lefebvre

Originaire des Hauts-De-France, Bertrand Lefebvre est diplômé de l’Institut Saint-Luc de Tournai et de l’Académie des Beaux-Arts de Tournai.
D’abord photographe de la Marine Française, puis dessinateur de manèges, il enseigne le dessin au Musée du Quai Branly autour du thème « Carnet de Voyage ». Dans sa jeunesse, Bertrand Lefebvre découvre la culture américaine via les grands classiques du cinéma hollywoodien présentés par Eddy Mitchell dans l’émission « La dernière séance ». Sa passion pour l’Amérique et ses nombreuses contradictions ne le quittera plus et sera le fil rouge de son œuvre .
Graphiste, illustrateur, peintre, photographe, ses tableaux aux lignes pures ont pour sujet les paysages du Grand Ouest américain ou encore les mégalopoles asiatiques. Plus récemment, il s’est essayé à la sculpture dans des constructions à la fois fragiles et entassées. Il expose dans différentes galeries en France et en Belgique.

Paul Gilbert

Né en 1995 à Paris, Paul Gibert intègre les beaux-arts de Nantes en 2014. Après un échange à la Tokyo Geidai et une résidence à Suncheon en corée du Sud, il intègre le Master des beaux-arts de Nantes, entrecoupé d'une année à l'International Master of Fine Art de la China Academy of Art de Hangzhou. Diplômé depuis 2020, il continue sa pratique de la peinture à Montreuil.
Après avoir concentré son travail théorique et pratique sur la peinture historique, il s'éloigne de la représentation traditionnelle pour proposer une lecture plus poétique et contemplative de l'Histoire et des histoires, qu'il aborde à travers les lieux, les objets et les détails dans lesquels il cristallise la narration. La légèreté apparente de sa peinture contrebalance la gravité de ses sujets, les champs de bataille et lieux chargés d'histoire se retrouvant ainsi transformés en paysages idylliques.
Dans sa dernière série de peintures, il s'intéresse aux lieux d'incarcération, leur aura macabre et leur réutilisation, qu'il présente comme d'innocente cartes postales.
Il a exposé en France, au Japon et en Chine.

Johan Decaix

Diplômé en arts et en cinéma, Johan Decaix, travaille sur les fines frontières entre le réel et l’imaginaire. Artiste pluridisciplinaire, son travail se développe en vidéo, en installation, en action ou encore en sculpture.
En 2014, lors du 75ème salon Jeune Création, il est lauréat du Prix Résidence Palais des Paris / Japon et part l’année suivante à Takasaki pour une résidence de 3 mois. Il décide là-bas d’effectuer un voyage vers la Lune.
En 2017, il réitère ses aventures spatiales et décide de s’envoler en ballon stratosphérique pour prendre en photo la courbure de la terre avec l’appareil de son grand-père. Cette aventure fut présentée à l’occasion de la Nuit Blanche 2017 au CNES et fait partie de la collection de l’Observatoire de L’Espace/CNES.
En 2018, il présente à la Progress Gallery, Smoke and Mirrors, une exposition autour du monde merveilleux de la magie et de ses magiciens.
En 2020, il développe l’exposition «The Magnifying Transmitter of the Oscillating Utopian Wave Laboratory» autour des laboratoires et de la figure du savant réalisé lors de sa résidence au sein du laboratoire du CEMES/CNRS, spécialisé dans la microscopie et les nano-matériaux. Le film de cette exposition fait partie des collections du Frac-Musée des Abattoirs de Toulouse.

Mathilde Payen

Diplômée de l'École Européenne Supérieure de l'Image d'Angoulême, Mathilde Payen est l'autrice de deux albums de bandes dessinées, Les Animaux de Palm Springs (2020) et La fête est finie (2022), et de plusieurs fanzines colorés. Elle aime la gravure, la bande dessinée et les films d’horreur. Elle crée en 2013 la structure de microédition Tetra, dont le but est de promouvoir les techniques d’impression traditionnelles et alternatives.

Laura Verveur

Laura Verveur pratique le dessin dès l'enfance, passionnée des arts visuels, elle suit des études d'Arts du Spectacle à Montpellier, puis poursuit une carrière dans l'audiovisuel.
C'est entourée depuis l'enfance par les bandes dessinées de la bibliothèque de son père que Laura va développer son goût pour le dessin et forger son univers graphique. Toujours en observation, lors de ses nombreux voyages, elle essaye de capturer les moments simples de la vie. Ses recherches récentes se portent sur la valorisation des objets abandonnés, perdus, jetés et la place qu'on ne leur accorde plus dans nos vies.
Pour cette exposition, elle présente une nouvelle série de dessins autour d'objets abandonnés qui évoquent des souvenirs de lieux festifs.

œuvres exposées