Exposition collective / en cours

salon de progress #15 / de infantia

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Commissaire associé: Olivier Peyronnet
Avec la participation des classes de l'école maternelle des 3 Bornes, Paris 11ème

  de infantia
               ce qui vient de l’enfance...

Les territoires de nos enfances, façonnent ce que l’on est, ce que l’on devient, comme une sorte de référent ergonomique. Un socle fondateur.
Par ailleurs, on dit que chez un artiste la voix de l’enfance ne s’éteint jamais.

Prédelle, no comment
Les années qui suivent son cri primal, l’enfant expérimente le monde sous le regard des adultes.
Plus tard, il accède au langage, franchit une frontière menant à un autre monde où des outils lui seront proposés en héritage. Il cheminera pour essayer de le maitriser, équivalant à des tentatives de prise de pouvoir.
Mais l’enfance a quelque chose de palimpseste, capable tout à la fois d’absorber de multiples projections et de demeurer impénétrable et brute. Certainement capable de nous suivre à la trace telle une ombre polymorphe autonome, intrusive1.
La mise en place de cette exposition va faire cohabiter quatre-vingt-onze dessins de quatre-vingt-onze enfants avec sept propositions artistiques.
L’espace défini par « de infantia » propose un dialogue entre les voix polyphoniques des enfants et celles des artistes. Une tension palpable se noue entre ces deux strates, sans trop se dire, pour oxygéner le souffle de cette soupe primitive.

Les fondations
Le projet se précise dans les murs d’une architecte alors empruntons un peu de son vocabulaire pour évoquer la disposition de ce qui se joue.
« Qu’est-ce que tu vas faire ? tu peux le refaire ? Qu’est-ce que vous fraisez ? 2 »
Le process est évoqué avec les institutrices au cours d’une réunion dans l’école maternelle. Apportons un peu de biscuit, de l’eau au moulin.
Une centaine de feuilles fines et transparentes faisant chacune cent par cinquante centimètres. L’occupation spatiale dans la pièce principale de la galerie, se retrouvera dans une forme englobante, ouverte comme des bras. Un soubassement de quatre-vingt-dix sur toute la longueur des murs, sous la ligne de flottaison, démarcation parallèle au monde du dessus, celui des grands. Le nombre important de dessins révèle une face confuse dans sa globalité, aux frontières floues, pleines de trous, entre transparences et recouvrements3.
Tenons-la à l’œil sans lever le voile.

La dette commune4 d’alainflorenceemmanuelmarieanitaolivieraliciaphilippe
Dans la partie au-dessus de l’indicible, la logique performative qui menace n’a pas bien fait son œuvre. Les germes de l’enfance ont gardé tant bien que mal leur éclat, leur intensité, leur vitalité. Les réponses peuvent être sibyllines. (Biffures, effacements, écrasements, brisures)
N’en parlons pas trop. Pas de prescription.
L’intention est d’évoquer des histoires résiduelles, pour ne pas en finir avec elle.
Remontons la piste, les mains dans les traces laissées par cette misère au pays des cagaroullettes.
Faite de cailloux, de sable et de boue. De crâne d’un jeune inconnu tel un ami protecteur. D’un monde dérisoire sans interface à portée de doigts dans les transports en commun. D’un archipel animé d’un méandre de subtiles téléportations.
Qui d’autre pour observer cette chorégraphie de la ferme entre animaux et enfants, qui se nourrissent mutuellement. Qui de mieux pour s’assurer de la matérialité de nos effusions dans les flaques ?

Le retour
Alors que l’aller s’est perdu dans la broue de l’aube, cheminons main dans la main pour remonter le ruisseau jusqu’à sa source. Bottés dans l’eau glacée. Les obstacles rendent l’ascension accidentée, glissante. La crête se dissimule sous les nuages alors que nous atteignons le pied du cirque.
Les vasques se dérobent, hors d’atteinte sous les ronces. Faisons un détour.
La fugue réserve des surprises avant d’atteindre le point de bascule. L’horizon se dévoile.
Loup, y es-tu ? Son écho l’a redit. C’est entendu.
Olivier Peyronnet, le 4 octobre 2025

  1. Librement inspiré des « lectures d’enfance » de Jean-François Lyotard
  2. Laurent Garnier dans le morceau « jeux d’enfants »
  3. Brassaï, parlait pour cette couche inférieure de « haute époque de l’enfance » dans Graffiti, Flammarion, Paris, 1993, p. 30
  4. La « dette d’enfance » si chère à Jean-François Lyotard en prise avec sept artistes

Visuel: O Peyronnet, Matelas boule de infantia 1, matelas enfant et tissus usagés, 29 x 33 x P35 cm, 2025.

œuvres exposées / marie-anita gaube

œuvres exposées / alicia zaton

œuvres exposées / alain bizeau

œuvres exposées / emmanuel rivière

œuvres exposées / florence reymond

œuvres exposées / olivier peyronnet

œuvres exposées / philippe bazin