Présentation de fin de résidence / passée

Des colonnes en moins

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avec la collaboration de julien verhaeghe

28 mars 2016 11h35
Objet: Préface
Julien,
Il y a des choses qui se meuvent de ma peinture et que je ne peux contenir sur la surface de mon tableau. J’ai récemment étiré de la peinture afin de la fondre et j’ai réalisé que ce qui était en marge contribuait à la lecture du tableau, comme des contraires qui s’attirent.
J’ai alors pensé au douloureux déménagement que l’artiste opère de l’espace d’atelier à l’espace d’exposition, impossible pour moi de remettre en scène le mur de l’atelier.
Il me fallait alors trouver un espace qui m’offrirait cette double lecture, où je pourrais à la fois y travailler et y exposer.
J’ai trouvé.
J’ai envie de partir de l’idée de colonnes en moins…
As-tu vu les images d’explosions de Palmyre?
Coraline

30 mars 2016 16h05
Objet: Préface
Coraline,
Oui, j’ai vu ces images. Ce qui m’avait semblé vertigineux était la force symbolique de la perte, la perte non tant des vestiges de notre passé, mais de quelque chose qui allait bien au-delà.
Ce vertige était lié à la fois à son caractère irréversible et à une forme de futilité. C’est-à-dire à des processus de devenirs ou de coupures non plus de l’histoire, celle des hommes, mais à l’autre histoire, celle des atomes et des astres.
C’est très paradoxal je crois, car d’un côté l’irréversible fait que l’on ne retournera jamais plus en arrière ; de l’autre, cet anéantissement est comme un retour à la poussière, au néant d’où toute chose pourtant émerge.
Tu mentionnes le transfert d’un espace à un autre, son caractère douloureux, l’impossibilité de remettre en scène ce qui précède. Mais qu’as-tu trouvé précisément? Penses-tu que l’on pourrait voir dans ton travail le caractère de ce qui est irréversible?
Julien

21 avril 2016 22h16
Objet: Préface
Bonsoir Julien,
Je commence lundi à habiter l’espace de la Progress Gallery.
Je ne sais pas encore comment je vais raisonner.
Palmyre devrait être reconstruite paraît-il? Je ne comprends pas quel en est le sens…
Je pense faire une colonne en pains, l’idée m’obsède.
J’aime imaginer des dégradés de cuisson, une matière rugueuse, celle de la croûte.
A partir de lundi, je t’enverrai un courrier postal. Je pourrai y insérer des recherches, des images, des idées.
Je repense aussi à cette idée de contraction de temps que tu cites auparavant et je ne cesse de croire que peindre c’est étirer de la matière.
Est-ce possible d’étirer dans le but de contracter?
A très bientôt,
Coraline

24 avril 2016 18h59
Objet: Préface
Bonjour Coraline,
Ce qui m’avait beaucoup plu dans ton travail, c’était le fait que l’on y voyait des associations entre des idées a priori opposées :
Le passé était présent, la ruine était construction, ce qui s’effaçait n’était qu’une façon de montrer autre chose.
Il y a un peu de ça dans l’éventuelle reconstruction de Palmyre.
Alors je me demande comment, à mon tour, il me serait possible d’associer «ce qui reste» à «ce qui va plus loin».
Je crois qu’on peut le formuler ainsi, on dirait que c’est lié à ce que tu dis sur les dégradés et les différents états de la «matière».
Je serai ravi de recevoir ton courrier, j’aimerai alors réfléchir à une façon appropriée d’y répondre, c’est-à-dire en étirant tout en essayant de percevoir la contraction.
A très bientôt,
Julien

4 mai 2016 12h57
Objet: Préface
Bonjour Julien,
Tes petits post-it m’aident beaucoup et je me demande si je ne devrais pas reformuler ma question
« Plus j’agrandis le document, plus je m’éloigne du simulacre »
Je suis en train de peindre cette trame et plus je la peins, plus j’ai l’impression d’atteindre une vérité au travers de la peinture et non de l’image.
J’ai repensé aussi au levain. Lorsque je regarde chaque matin le levain agir sur ma pâte à pain, je pense à cette image peinte d’explosion. Je vois une corrélation entre le levain et l’explosion.
Je serai absente vendredi en fin d’après-midi…
A très bientôt
Coraline

8 mai 2016 11h09
Objet: Préface
Bonjour Coraline,
J’aimerai envisager ces post-it non comme des points qui agrémenteraient ton travail, mais comme une ligne qu’il reste à tracer. Je cherche un dispositif qui me permettrait d’y parvenir.
Je me suis demandé si on pouvait trouver une réalité dans le simulacre. Si donc on ne pouvait pas considérer qu’elle reposait sur son actualisation, sur l’image qui double pourtant double le réel, mais existe aussi en tant que tel.
C’est en cela que je comprends qu’effectivement, il y a une vérité de la peinture.
Il m’a alors semblé que tout tracé posait la question du désir de verticalité et d’horizontalité. Comme ces colonnes qui s’élèvent, ou ces élans qui corrèlent les choses entre elles.
Cette association entre le vertical et l’horizontal me semble vraiment présente dans ce que tu entreprends. Étirer, agglomérer, accumuler, condenser, creuser, et finalement, exploser, c’est peut-être ça tracer des lignes.
Ce que je n’arrive pas encore à identifier, ce sont ces forces qui poussent à la verticalité et à l’horizontalité.
A bientôt Coraline,
Julien

œuvres exposées

vue de l’exposition

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