exposition collective / passée

Parmi les choses

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sur une proposition
de Margaret Dearing et Marion Delage de Luget,
avec Anne-Marie Cornu, Margaret Dearing, Benoît Géhanne, Cédric Guillermo, Miguel-Angel Molina, Hélène Moreau, Nicolas Puyjalon, Lucie Riou, Sylvie Ruaulx , Cyril Zarcone.

Où quand l’objet de l’art, c’est l’objet.
Il faut dire que le principe d’indifférence duchampien est désormais tant et si bien assimilé
que l’art transige parfois jusqu’à l’indiscernabilité avec le domaine des produits manufacturés. L’œuvre et la chose, isomorphes – on a maintenant cette habitude. Laquelle s’assortie d’ordinaire d’une déréalisation de l’objet, comme si l’opération qui le constitue en ready-made ne visait qu’à le libérer de l’usage.
D’autres intentions, pour aiguillonner cette économie de la chose usuelle.
Proposer une ré-élaboration des termes qui édictent la bonne forme de l’objet – une forme précise, stable, inhérente à sa fonction. Jusqu’à l’absurde, comme lorsque Cédric Guillermo adapte la sil- houette de la lame de chacune de ses tronçonneuses au gabarit unique qu’elle se propose désormais de débiter. Ou que Lucie Riou modèle ses cale-portes en imprimant à des butées en argile encore molles l’empreinte laissée par l’ouverture du battant. Chaque objet ainsi re-fabriqué de montrer un nouveau possible, une mobilité de la forme à rebours de la linéarité de la fabrication en série. Mettre en œuvre la valeur d’usage. Les dessins de Benoît Géhanne ne retiennent ainsi du plateau du flipper que le délinéament produit par le trajet de la bille. L’objet, one-shot – réduit à une si- tuation circonstanciée. Lucie Riou encore, lorsqu’elle met en branle une table, des étagères. Mésu- sage. Les meubles se départissent de la fixité, de l’orthogonalité prescrites par une utilisation ad hoc, l’action performative érodant l’évidence de leur « bonne forme ».
En droite ligne, profiter de la ruine de la destination de l’objet pour défaire cette opposition traditionnelle qui distingue la production artistique de la chose usuelle. Sylvie Ruaulx collecte auprès des entreprises des éléments mis au rebut du patrimoine industriel. Muets quant à leur fonction initiale, rendus à leurs seules qualités esthétiques, ces Similiblics sont en attente de signification – ils s’étagent dans l’espace d’exposition comme autant de questions à l’adresse de cette mythologie toujours persistante de la spécificité de l’art.
Jouer de l’analogie avec la fabrication en série pour faire œuvre, unique. Cyril Zarcone emprunte les matériaux et solutions d’agencement des auvents rétractables – des lés de toile tendus sur une structure métallique tubulaire. Sauf que. La forme usuellement haute se déploie maintenant jusqu’au sol, déclassée, et encore détournée en socle. Miguel-Angel Molina insiste sur cette porosité entre production industrielle et artistique. Au mur, alignée sur la position érigée du spectateur, la table de camping est un châssis « tout fait » pour le Tabló rose. Mou aborde le problème a contra- rio : cette couche épaisse d’acrylique recouvrant la surface de l’éponge venant en effet, par ce couplage, interroger les qualités objectales du médium.
Débarrasser l’objet de sa formalité. Anne-Marie Cornu constitue de longues boucles de bande magné- tique simplement déposées sur des demis cercles de bois. La caméra, et/ou le projecteur vidéo résu- més à cet épicentre : le ruban de pellicule et l’amorce de forme circulaire, qui produirait méta- phoriquement ce flux qui fait le film. Restreint à cette synecdoque, l’objet ouvre à un autre type d’enchaînement – celui, infini, indéterminé, de la libre association.
En définitive, ne conserver que l’idée de l’objet. Si Le bruit de l’échantillonneuse d’Hélène Moreau convoque une mécanique, c’est celle de la pensée. Différents éléments de cet assemblage élémentaire évoquent certains objets du quotidien – proportions et matériaux rendent là une porte, ici la découpe d’une roue dentée démultipliée, et aussi le rouleau, un montant et l’ensouple d’un métier à tisser. Mais ce vocabulaire industriel compose un dispositif improductif dans l’ordre ma- tériel : l’installation est une machine célibataire, un geste qui, en embrayant d’autres, permet ainsi aux mouvements de l’esprit de se représenter - comme l’indique ce tissu du vert des fonds d’incrustation, surface d’inscription, d’enregistrement résolument du côté de l’immatériel.
Pour nuancer ce triomphe de l’objet, acter d’un certain assujettissement. Margaret Dearing propose une vue serrée, plein cadre, sur un réseau complexe d’éléments de mobilier urbain. En tous sens barrières, glissières, portique, poteaux et panneaux signalétiques organisent le paysage domes- tique, et bornent les circulations. L’objet, indicateur normatif régulant les flux comme les com- portements.
Alors, mettre en perspective ce rapport au monde par l’intermédiaire des objets. Revenir sur ce postulat – erroné – de Bergson, selon lequel le propre de l’homme serait cette capacité à produire des objets. Lors du vernissage, Nicolas Puyjalon performera Homo Faber. Lui dont on sait que les actions jouent du fait que l’objectif énoncé, malgré les efforts et l’acharnement, demeure toujours asymptotique, propose d’être ce soir-là l’Homme qui fabrique...
Marion Delage de Luget

BIOGRAPHIES DES ARTISTES ///

Anne-Marie Cornu
Je viens d’une pratique du cinéma expérimental qui m’a amenée petit à petit vers le champ élargi de la sculpture. Au départ, je réalise des films en collaboration avec des musiciens contemporains. Très vite, je m’intéresse aux déploiements du film dans l’espace, à sa projection, aux multi projections. C’est en observant la projection des images et la propagation des sons que j’ai pris conscience de la qualité sculpturale et picturale de mes gestes. En 1993, au tout début de ma pratique, j’organise une exposition au Palais de Tokyo en rassemblant une trentaine d’installations cinéma et vidéo qui questionne ces gestes d’ expansion que je retrouve transversalement dans différentes disciplines, musique, danse ou arts plastiques. Je porte ensuite mes gestes sur scène à travers plusieurs créations en collaboration avec des écrivains, des danseurs, performeurs et musiciens (Célia Houdart, Yuha Pekkka, Sylvain Prunenec, Alexandros Markeas).
Depuis 2005, je me suis mise à travailler le bois, le dessin, la performance sonore acoustique. L’explosion du numérique, m’a donné envie de revenir au corps, au geste direct sur la matière.
J’ai exposé en Hollande, Suède, Espagne, Japon ou en France, (Monter Sampler au Centre Pompidou 2000, primera Estacio en Espagne 1999, Film Museum à Amsterdam 2004, Triennale de Yokohama 2005, Centre d’art Castello 5X5, Espagne 2010, à La biennale de Bordeaux 2011, au cabaret ISUS en Suède 2013, au Confort Moderne à Poitiers 2013-14, la Couleuvre à Saint-Ouen 2015. En 2016 J’ai reçu une aide de la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques pour le projet Somsons. En 2019, je suis invitée par Le centre d'art Tabakalera pour une performance sonore.

Margaret Dearing
Née en 1979, Margaret Dearing vit et travaille à Paris. Diplômée de l’Ecole nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy en 2001, puis de l’École nationale supérieure de la photographie, à Arles, en 2004, elle compose des ensembles de photographies autour de questions liées à l’architecture, l’urbanisme, au paysage – l’organisation des espaces et des circulations, les relations formelles, temporelles entre les espaces construits ou naturels, les traces de l’entropie, la difficulté à habiter un lieu. Son travail de prise de vue et d’accrochage, sous-tendu par l’idée de traduire une étendue, un flux, un continuum, confère un caractère d’immuabilité, de pérennité à ces petits riens, ce quotidien a priori plutôt dérisoire et transitoire.
Ses photographies ont été présentées lors d’expositions personnelles à la galerie Lumière d’Encre et à la Maison Diaphane (2018), à la Couleuvre (2016), à la Progress Gallery (2015), au Pavillon à Pantin (2011). En 2019 elle est en résidence avec Diaphane, pôle photographique en Hauts de France et travaille sur la commande «Flux, une société en mouvement » du Centre National des Arts Plastiques.

Benoît Géhanne
Né en 1973, Benoît Géhanne vit à Saint-Denis et travaille à Pantin. Il est diplômé de L’ENSAAMA et de l’ENSAD. Il est enseignant à l’atelier Prep’art,
à Paris. En 2013, il est lauréat du prix international de peinture « Novembre à Vitry ».
Son travail a été présenté dans des expositions personnelles au Centre d’Art Camille Lambert à Juvisy-sur-Orge, au LAC&S Lavitrine, à la Progress Gallery, à la galerie Djeziri-Bonn, à la galerie du Haut-pavé, à la Générale en manufacture, dans le cadre du programme de la Borne de POCTB à Mont-Louis sur Loire et de la résidence « art et logement social » de la mairie de Paris. Il a participé à des expositions collectives au centre d’art APDV à Paris, au CAC de Meymac, à la Jeune Création au 104, aux Salaisons, au 6b et à Berlin à la Crystal Ball Gallery et au kulturpalatz wedding international.
Il a effectué une première résidence à Chamalot-Résidence d’artistes en 2011, puis une seconde en plusieurs séjours répartis entre 2016 et 2018.
Benoît Géhanne est également membre co-fondateur du collectif de commissariat d’exposition kurt-forever (www.kurt-forever.com).

Cédric Guillermo
Né en 1986, Cédric Guillermo est artiste et enseignant. Il vit et travaille à Saint Jean-Brévelay. Cédric Guillermo détourne et mélange l’histoire de l’art, la science-fiction et le monde rural qu’il place au centre de son travail. A travers des aquarelles, des sculptures et des installations... sa mythologie personnelle nous distille une campagne « actuelle » sans cliché, ni passéisme, qui porte un regard critique sur les contradictions de notre monde moderne teinté d’humour, d’ironie et de poésie.
Stéphanie Miserey, Mars 2015

Miguel-Angel Molina
MAM est né à Madrid en 1963.
Diplômé par l'École de Beaux Arts de Madrid en 1987, il est également Docteur par l'Université de Rennes 2 avec une thèse intitulée « Photographier la peinture » qui porte sur les statuts des images photographiques réalisées par les artistes peintres et leur rôle dans l'élaboration d'une pensée plastique liée à la peinture.
Actuellement il est professeur de peinture à l'ESADHaR, campus de Rouen.
La nature liquide de la peinture et des expériences en dehors du tableau le mène à proposer une peinture à même le sol avec des Peintures en forme de flaque de peinture, mais aussi des objets recouverts de peinture, des Tableaux ratés et des peintures murales
MAM fait partie de la génération de peintres qui dès les années 2000, travaillent sur les nouvelles relations qu’établie la peinture aujourd’hui avec le visible.
MAM est représenté en France par la galerie UNA www.galerieuna.com et en Espagne par la galerie Trinta www.trinta.net

Hélène Moreau
Après avoir obtenu son DNSEP à l’École Supérieure des Beaux Arts de Lyon en 2009, Hélène Moreau s'est installée à Bruxelles dans le but de continuer ses études en réalisant un master de recherche proposé par l'Université Libre de Bruxelles et l'Académie Royale de Beaux-Arts de Bruxelles. Son travail a été récompensé en 2011 par le prix Serrures attribué par cette même école d'art.
Grâce à différentes résidences en France et en Belgique, elle concentre sa pratique sur le dessin et l'installation. Dans ses dernières pièces présentées à Bruxelles (à la Vallée en 2017 et chez SUPERDEAL en 2018), les impressions numériques et les tissages lui permettent de jouer entre le manuel et le digital. Ses installations assument une tournure ludique et narrative. Elles parlent d’architecture, d’objets, d’outils, de grilles, de plans et ouvrent vers des imaginaires poétiques.

Nicolas Puyjalon
Diplômé des Beaux-Arts de Toulouse, Nicolas Puyjalon s’installe à Berlin où il collabore avec la galerie L’Ate- lier-ksr (Stefania Angelini), Leila Peacock, Zabo Chabiland, Nicolas Malclès-Sanuy ou encore Judith Lava- gna. La pratique de Nicolas Puyjalon est essentiellement tournée vers la performance, où il développe une écriture haletante, poétique, tragique, burlesque, avec une économie de mots proportionnellement inverse à son engagement physique. Ses performances ont été présentées dans des institutions telles que le Palais de Tokyo (2017), l’Espace Louis Vuitton (2015), le Musée de la Chasse et de la Nature (2013), ainsi que dans de nombreux festivals en France et à l’international. En 2017, lors d’une résidence d’ été à l’espace Croix-Baragnon (Toulouse), il s’associe à Estelle Vernay, elle aussi issue de l’Isdat, dont les travaux vidéos et installations déconstruisent et recomposent les paysages architecturaux et projections mentales des lieux dont elle se saisit. Ensemble ils créent «Coeur Corail, the conversation series». Ce projet fonctionne tel une série télé, compo-sée à l’heure actuelle d’une première saison, prenant appui sur Vermillon Sands, recueil de nouvelles de J.G. Ballard.

Lucie Riou
C’est sur l’ambiguïté de l’objet sculpture, le détail et le mouvant que Lucie Riou porte son attention. Questionnant le statut et le processus inhérents au médium de la sculpture, sa production met en scène et détourne des objets du quotidien. Ces formes tendent souvent vers la précarité, le déséquilibre latent et le burlesque.
Les éléments de maintien, tel que la cale, tour à tour sculpture et outil, sont des figures récurrentes dans son travail. Les sculptures sont statiques ou activables : elles jouent sur des principes de tension et d’équilibre, se manipulent et présentent un potentiel de configuration variable, selon les contextes et les lieux d’expositions.
Diplômée des beaux-arts de Rennes en 2014, Lucie Riou est une artiste plasticienne née en 1990, vivant et travaillant en région parisienne.

Sylvie Ruaulx
Issue de la peinture et de l’accessoirisme de plateau les œuvres de S. Ruaulx se sont toujours penchées sur la production industrielle et sur l’étrangeté des formes qu’elle produit ou qu’elle rejette. Elle les assemble sans grande technologie et les organise en privilégiant la couleur et la forme. Entre économie et poétique, le processus interroge les questions du recyclage, les esthétiques du travail, la valorisation des technologies et enfin l’éloge de la main. La mise en œuvre de ses recherches consiste à mettre en place un réseau de collaborations avec le monde secret de l’industrie. Généralement, son travail se nourrit d’une observation géographique des pratiques industrielles à proximité du lieu d’exposition.
Sylvie Ruaulx vit et travaille à Paris et à Eu (76).

Cyril Zarcone
Après des études à l’École supérieure d’art & de design Marseille-Méditerranée, et un passage à l’Akademie der Bildenden Künste de Munich, Cyril Zarcone poursuit sa formation à l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris dont il sort diplômé en 2013. 
S’inspirant de formes issues des outils de chantiers et d’éléments de construction, mais en révoquant l’utilité de l’objet, il redonne au volume la beauté de sa forme dénudée de sa fonction première. Jouant volontiers avec les problématiques de l’équilibre, du soutènement précaire, de la tension, du danger et de la fragilité, il s’applique à faire transparaître aussi bien dans le montage que dans le résultat, la superbe d’une forme vouée au rebut une fois son utilisation faite.
Représenté par la galerie Eric Mouchet, Cyril Zarcone est aussi cofondateur de ChezKit et enseignant à l’Ecole des Beaux-Arts de Tours.

œuvres exposées / marion delage de luget